mercredi 20 avril 2016

La cathédrale, si gothique !

Contemporaine de Notre-Dame de Paris, Saint-Pierre de Lisieux constitue l'une des premières expériences d'architecture gothique en Normandie.

Je viens de terminer un article de Jean Wirth, historien de l'art, sur la révolution gothique. Dix pages stimulantes quand on l'applique à la cathédrale Saint-Pierre de Lisieux. Si notre ville n'accueille probablement pas le plus bel édifice gothique de Normandie, elle peut se vanter d'avoir l'un des plus anciens. L'architecture gothique naît dans les années 1135-1145 dans le cœur du Bassin parisien puis se diffuse dans les régions voisines. L'évêque de Lisieux Arnoul est séduit par la silhouette que donne le nouveau style et l'applique à sa cathédrale qu'il projette justement de reconstruire. Les travaux commencent à une date incertaine, entre 1150 et 1170.

Transept et chœur de la cathédrale. Pas d'audace architecturale à Lisieux telle que rosaces, voûtes aériennes et baies larges. L'image s'agrandit en cliquant dessus.


lundi 21 mars 2016

La capitale puante au bois sculpté

Outre les morts et les blessés, il est courant de regretter la perte patrimoniale subie par Lisieux après les bombardements de 1944. Dans l'incendie, disparurent la plupart de ses vénérables maisons à colombages. Quelques-uns n'y ont toutefois pas vu une mauvaise chose.

Dans les années 1920, les cachets de la poste présentaient Lisieux comme "la capitale du bois sculpté" en référence à ses façades de pans de bois ouvragés. Qui n'a pas vu ces cartes postales anciennes ou ces affiches de la rue aux Fèvres, l'image d'Epinal de la rue médiévale ? Les façades à colombages surplombaient les passants.
Affiche touristique réalisée par Jean-Charles Contel en 1923 (Gallica/BNF)

Certains goûtaient assez peu ce pittoresque, comme ce guide publié en 1835 et pourtant nommé La France Pittoresque :
[Hormis la rue principale], les autres rues sont étroites ou tortueuses, formées de maisons hautes, la plupart bâties en bois, vieilles et tristes.

Mais la critique la plus virulente provient peut-être d'un Lexovien, Georges Duval, l'architecte de Hauteville :

[Avant-guerre], capitale du bois sculpté, Lisieux vit sur sa réputation de ville d'art que beaucoup visitent et admirent sans en soupçonner la misère. Je me souviens des réactions d'Octave Mirbeau : "je n'aime plus les vieilles villes, ni les vieux quartiers puants des vieilles villes, ni les vieilles ruelles obscures qui dégringolent les unes dans les autres, ni les vieux pignons gothiques où s'exerce l'érudition hebdomadaire des sociétés d'art départementales qui, le dimanche, s'en vont grattant et regrattant les portes jadis sculptées". C'était cela Lisieux et je me souviens du spectacle puant et désolant de ses rues - la rue Pont-Mortain notamment - au moment du curage des cours d'eau en automne (Georges Duval, "Cinquante ans d'urbanisme et d'architecture 1930-1980", Art de Basse-Normandie, n°89-90-91, 1984).
Vieilles maisons à Lisieux  (Revue du Touring-Club de France - 1924)
On se doute qu'un architecte moderne comme Georges Duval puisse difficilement apprécier le cachet médiéval de sa ville de naissance et finalement se féliciter que ce fatras ait disparu. Au-delà de son parti-pris, son témoignage a le mérite de donner une image plus réelle et moins touristique de la Lisieux avant-guerre. Deux cours d'eau traversaient en effet le centre-ville : le canal de la ville et le ruisseau des tanneurs étaient considérés comme des égouts à ciel ouvert. La Reconstruction les a éliminés.

Prolongeons la réflexion. Si les touristes et les amateurs d'art pouvaient se délecter des sculptures des façades, qu'en était-il des habitants ? Les maisons devaient être sombres et peu confortables.

Pire, au XIXe siècle, quand des épidémies de choléra ou de typhoïde tuaient par centaines, ces quartiers anciens étaient probablement pointés du doigt par les autorités municipales comme des îlots d'insalubrité. Ils ont lu ou entendu les hygiénistes de l'époque qui prônaient l'élargissement des rues afin que l'air y circula davantage et que la lumière y parvint. Ils considéraient que des eaux presque stagnantes comme celles du canal de la ville et du ruisseau des tanneurs entretenaient un air vicié qui favorisait le développement des miasmes à la source des maladies. A leurs yeux, les rues "médiévales" de Lisieux ne sont pas saines. A contrario de la flatteuse image touristique, la capitale du bois sculpté était-elle aussi une ville mortifère ?

mardi 23 février 2016

Lisieux au XIXe siècle : les maires et la mortalité

Il y a  plusieurs angles pour aborder l'histoire de Lisieux au XIXe siècle : on peut parler de l'industrialisation, de la modernisation (arrivée du chemin de fer, du gaz de ville puis de l'électricité...), des turbulences de la vie politique mais ma récente lecture d'un livre La ville contemporaine jusqu'à la Seconde Guerre mondiale suggère des thèmes moins communs.

Lisieux ville mortifère ?

Vous connaissez le slogan actuelle de la ville de Lisieux ? "Une ville à vivre". Au XIXe siècle était-elle une ville à mourir ? A cette époque, les populations urbaines étaient frappées par des maladies particulières, notamment le choléra mais aussi la tuberculose, la typhoïde, la grippe... Des épidémies d'autant plus effrayantes que l'on n'avait à l'époque aucun moyen de les guérir. A Rouen, dans les années 1870, quatre enfants sur 10 n'atteignaient pas l'âge d'un an. Je reste stupéfait par un tel chiffre.

L'impératrice Eugénie visite les cholériques de l'hôtel-dieu de Paris (Paul Félix Guéry, Château de Compiègne)


Quelle était la situation à Lisieux ? Entre 1800 et 1850, la ville gagne assez peu d'habitants (de 10000 à 11 754 habitants, selon Wikipedia). Est-ce à cause d'une trop forte mortalité ? La cité n'échappe pas aux épidémies. En 1824, le choléra fait 317 morts. Dans les années 1860-1870, la Révolution industrielle touche Lisieux ; les industries s'élèvent ; hommes, femmes, enfants deviennent ouvriers. Tout de suite, viennent à l'esprit les images de Germinal : misère, hygiène déplorable, logement insalubre, alcoolisme. La mortalité s'en est-elle ressentie ?

Des maires de second plan

Au XIXe siècle, être maire d'une ville était un poste ingrat, encore davantage qu'aujourd'hui. La première autorité de la ville n'était pas élue mais nommée par le pouvoir (roi, empereur). Le préfet ou le sous-préfet surveillaient ses actes. Le maire ne touchait pas d'indemnité. C'était donc un poste bénévole. Si bien que les candidats à la mairie ne se bousculaient pas. Les personnalités locales préféraient devenir député et laissaient l'écharpe bleu-blanc-rouge à des seconds couteaux.

Caricature de François Guizot, par Daumier
(musée d'Orsay, 1833)
L'exemple lexovien semble le prouver. François Guizot, la grande personnalité locale, ministre à plusieurs reprises du roi Louis-Philippe, ne fut jamais maire. Les industriels du textile, grandes figures lexoviennes du XIXe siècle, bridèrent rarement la fonction. Jean-Lambert Fournet, propriétaire de l'établissement d'Orival (site de l'ancienne usine Wonder) fut nommé en 1847 dans des circonstances tendues : les ouvriers s'étaient révoltés contre la cherté du pain ; le précédent maire Adrien Formeville avait démissionné. Jean Lambert Fournet ne reste qu'un an. Il faut attendre plus de trente ans pour voir un autre industriel à l'hôtel de ville, Théodore Peulevey (1881-1894).

Et Henry Chéron ? Élu maire en 1894, voilà enfin une forte personnalité à la tête de la ville mais son exemple n'est pas convainquant car son ascension est postérieure à son mandat local. Dès qu'il accède à des responsabilités politiques nationales, en 1906, il renonce à la mairie. Il revient toutefois dans sa ville, à la fin de sa carrière mais c'est une autre époque. 

mardi 2 février 2016

La tour Saint-Anne est à vendre

Cette mise en vente d'un élément du patrimoine lexovien est l'occasion de revenir sur les fortifications de la ville de Lisieux, construites à la fin du Moyen Âge. Car la tour Sainte-Anne en est le vestige le plus visible.

La tour Sainte-Anne se situe au niveau du rond-point André Carles (combien de Lexoviens savent le nom de ce rond-point ?). Si vous préférez, elle se trouve à quelques pas du commissariat. Pour "raison personnelle", son propriétaire a décidé de vendre ce rare vestige de l'ancienne muraille qui protégeait Lisieux du XVe au XVIIIe siècle. A cette occasion, une journaliste du Pays d'Auge m'a interviewé au téléphone pour que je lui donne quelques informations historiques. L'article est paru le 29 janvier 2016 (en voici une version partielle sans mon intervention qui se trouvait dans un encadré, non reproduit ici).
La tour Sainte-Anne est en pierre ; le dernier étage, ajouté au XVIIe, est en colombages
 J'ai décidé de revenir sur ce fait car l'article comporte plusieurs erreurs dont la responsabilité me revient en partie. Je remets donc les choses au clair et à l'endroit.

Un chantier financé par les Lexoviens, sous l’œil des Anglais


Oui, la fortification remonte au XVe siècle, à l'époque de la guerre de Cent Ans entre Anglais et Français. Lisieux était alors une cité quasiment sans défense. Il y a avait bien un "Fort l'Evêque" mais il ne protégeait que la cathédrale et le manoir épiscopal.

Contrairement à ce que j'ai affirmé dans l'article, le roi d'Angleterre Edouard III n'a pas incendié la ville en 1346. Il l'a évité. Quoi qu'il en soit, la guerre contre l'Angleterre et les conflits internes au royaume rendaient nécessaires la construction d'une fortification qui protégerait les Lexoviens contre les soldats ou les brigands.

La chantier a commencé à une date incertaine. En tout cas, en 1407, l'évêque Guillaume d'Estouteville avait décidé sa construction. Quand les Anglais débarquent à Touques et s'emparent de toute la Normandie en 1417-1419, la muraille n'était qu'"ébauchée" selon l'historien François Neveux. Les travaux se prolongent donc pendant l'occupation anglaise. Mais, toujours contrairement à ce qui est dit dans l'article, les Anglais ne financent pas l'édification. Ce sont les Lexoviens qui sont taxés. Bien que les travaux avancent vite pendant l'occupation anglaise, ils ne sont pas terminés lorsque l'armée du roi de France Charles VII arrive devant Lisieux pour reprendre la ville en 1449. De toute façon, l'évêque, Thomas Basin, ne compte pas résister : il négocie la reddition de la ville à bon compte.

La fortification est probablement bouclée avant la fin du XVe siècle. La tour Sainte-Anne date sûrement de ce siècle. La journaliste du Pays d'Auge indique que c'est une porte. Non, c'est simplement une des tours qui flanquaient à intervalle régulier les remparts. Les portes, au nombre de 4 (et non 11), se trouvaient ailleurs. Le tracé des murailles, plus exactement le tracé des fossés, reproduit grosso modo la ceinture de boulevards qui entoure aujourd'hui le centre-ville (boulevard Jeanne d'Arc, boulevard Saint-Anne, boulevard Carnot, et le bien nommé quai des remparts).


Plan approximatif des remparts. Voir en plein écran

Lisieux se libère de ses fortifications


A la lecture de l'article, je constate que je me suis fait mal comprendre sur la disparition de cette fortification. Le sujet est, je le concède, difficile pour une journaliste qui travaille depuis peu à Lisieux. J'aurais dû être plus clair ou répéter. Nommé à Lisieux en 1676, l'évêque Léonor II de Matignon fait donner les premiers coups de pioche. Il a besoin d'agrandir ses jardins - l'actuel jardin public en est une relique - et le rempart lui bouche la perspective de son palais. Les habitants se plaignent de cette brèche dans le dispositif de fortification puis, ils s'en accommodent. En effet, le spectre des invasions anglaises s'évanouit. La guerre se fait désormais aux frontières du royaume de France. Ça fait plusieurs générations que les Lexoviens n'ont pas entendu le moindre coup de canon ennemi. De plus ce rempart corsète le développement démographique et économique de Lisieux. Bref, il gêne et ne sert plus à grand chose. Le démantèlement des remparts et le remplissage des fossés commencent avant la Révolution. Je pense, à vérifier, qu'en 1820, il ne reste presque plus de tours et de murs (voir ce plan sur la site de la bibliothèque électronique de Lisieux). Aujourd'hui, à ma connaissance, subsistent la tour Sainte-Anne, la tour Lambert (quai des remparts) et des éléments de la porte de Caen (au bas de la rue Henry Chéron).

Voici ce que j'aurais aimé dire au téléphone à la presse. Merci à la journaliste du Pays d'Auge, Aurore Coué, de m'avoir interrogé sur le sujet en dépit de nos incompréhensions et de mes erreurs. Le sujet me passionne. D'ailleurs un chapitre de mon livre sera consacré aux fortifications de Lisieux et à l'occupation anglaise mais il n'est pas encore rédigé.




mercredi 27 janvier 2016

De l'art et des armes : l'œuvre d'un Lexovien à Paris

Cet été, j'ai visite le musée de l'armée aux Invalides. La première salle du musée de l'Armée expose à foison des armures et des armes à feu. Trop peut-être. Alors que je traverse la salle d'un œil ennuyé, mon intérêt est réveillé par le cartel d'une vitrine. A l'intérieur, se trouve une arquebuse signée Marin Le Bourgeoys. C'est un Lexovien, mort en 1634, autrefois réputé pour ses talents d'armurier. A quelques mètres, une autre surprise m'attend. Un tableau montrant Henri IV à cheval est signé du même Marin Le Bourgeoys. A la fois fabriquant d'armes et peintre, voilà un bien curieux personnage dont l’œuvre mérite d'être approfondie.

Deux fusils conservés au Musée de l'Armée, signés Marin Bourgeois

Le fabriquant d'armes


Médaille représentant Marin Le Bourgeoys (1633),
Bibliothèque Nationale
Né à Lisieux avant le déclenchement des guerres de religion, Marin Le Bourgeoys (nommé aussi Marin Bourgeois) cumule en fait les compétences les plus diverses : en plus de manier le pinceau et de composer des armes, il est luthier, sculpteur, fabriquant de globes terrestres et célestes. Si magicien de ses doigts qu'il est capable de comprendre le fonctionnement de n'importe quel objet mécanique qu'on lui présente sans besoin d'explication.

Le musée de l'Armée conserve quelques armes fabriquées par Marin Bourgeois ou son atelier (il travaille avec ses frères Jean et Pierre). Sa carrière débute au XVIe siècle, à une époque où se répandent les armes à feu portative sur les champs de bataille. Les arcs et les arbalètes sont rangés au placard. Les arquebuses, les mousquets, les fusils sont plus efficaces : ils transpercent les armures et requièrent un entraînement plus court que celui d'un archer. Par contre, ces armes bruyantes pêchent encore par leur lamentable cadence de tir (une balle toutes les deux minutes) et par leur fonctionnement aléatoire. L'inventeur Marin Bourgeois contribue à diminuer les ratés en mettant au point un nouveau mécanisme de mise à feu : la platine à silex. L'explication est un peu technique mais ne manque pas d'intérêt :
Sur le chien (rep.1) était fixé un morceau de silex (chaque pierre durait une quarantaine de coups). Lors de la pression sur la détente, le silex heurtait fortement la lamelle de fer (rep.2) (appelée batterie) à la surface rugueuse et provoquait une forte étincelle. En se soulevant, la batterie découvrait le bassinet (rep.4) qui renfermait la poudre d'allumage. Un petit trou, appelé lumière, reliant le bassinet au canon permettait d'enflammer la poudre de tir (art. Platine à silex sur Wikipedia).

Platine à silex :1=chien porte-silex ; 2=batterie ; 3=couvre-bassinet ; 4=bassinet. (Nerjip sur Wikipedia)
Le système est plus fiable que l'ancienne mèche. L'invention du génial Lexovien se diffusera à toutes les armées d'Europe et son principe d'allumage au silex, amélioré constamment, restera la norme des armes à feu jusqu'à Waterloo.

Toutefois, les armes de l'atelier Bourgeois exposées aux Invalides n'étaient pas destinées au champ de bataille. Un coup d’œil sur le chien sculpté en forme de dragon, les plaques de fer finement sculptées, la crosse damasquinée, autant d'indices qui attestent plus d'une œuvre d'art que d'un instrument de guerre. Elles ont probablement appartenu à Louis XIII, grand collectionneur. Si ces arquebuses ont tué, ce ne fut pas sur un champ de bataille mais plutôt en forêt, le roi se passionnant pour la chasse.

Le peintre d'Henri IV


L'intérêt artistique de ces armes réduit la distance avec la seconde œuvre attribuée à Marin Bourgeois dans cette même salle du musée de l'Armée. Le portrait équestre de Henri IV, père de Louis XIII, est longtemps resté anonyme avant qu'une restauration ne révèle la signature du peintre. Le roi, portant une armure noire, se tient devant les opérations d'un siège militaire. Dieu sait qu'Henri IV a du batailler pour conquérir sa couronne. Il a du assiéger Lisieux aux mains des Ligueurs, des catholiques qui refusaient d'avoir un souverain protestant. Est-ce Lisieux en arrière plan ? Peu de chance, Henri IV a assiégé bien d'autres places et des plus importantes. L'année de son sacre, en 1594, le roi nomma Marin Bourgeois comme son peintre et valet de chambre. En 1608, le Lexovien reçut le privilège d'être logé au palais du Louvre.

D'après une estimation faite en 2010, le tableau vaudrait entre 120 000 € et 150 000 €. Un prix considérable qui se justifie en partie par le fait que seuls deux tableaux de Marin Bourgeois subsistent au monde. Celui exposé au musée de l'Armée et un fragment de toile représentant une femme casquée. Et cette dernière œuvre est conservée dans sa ville natale, au musée d'art et d'histoire de Lisieux...

En savoir plus : 

dimanche 10 janvier 2016

Thérèse Martin à la TV

Le 4 janvier 2016, France 3 diffusait un documentaire sur la plus célèbre Lexovienne au monde : l'autre Thérèse. La sainte avait-elle une face cachée ?


Il fallait être motivé pour regarder ce documentaire de 52 mn : sa diffusion à 23h30 pouvait en décourager plus d'un, moi le premier, mais heureusement la télévision de rattrapage nous permet aujourd'hui d'échapper à la tyrannie horaire des chaînes de télévision. Vive Pluzz !

Le réalisateur Noël Alpi nous invitait à découvrir l'autre Thérèse, autrement dit une Thérèse différente de celle qui est habituellement décrite. Au final, le portrait dessiné par le documentaire s'est révélé plutôt convenu. Comme les différents intervenants l'ont mis en relief, Thérèse Martin (1873-1897) n'est pas une sainte ordinaire au regard de sa vie très tranquille. Entrée dès l'âge de 15 ans au Carmel de Lisieux, elle resta le restant de sa vie cloîtrée derrière les murs de ce couvent. Celle qui choisit comme nom "Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte-Face" n'a pas fait d'actions merveilleuses qui ont interpellé ses contemporains ; elle n'a pas vu la Vierge comme Bernadette Soubirous. A sa mort, « personne n’aurait jamais pensé qu’elle fut une sainte et qu’elle aurait des vertus héroïques » jugeait Alessandro Verde, le théologien chargé d'argumenter contre sa canonisation.

Sauf que sa sœur Pauline, elle-aussi carmélite de Lisieux, a poussé Thérèse à écrire. Outre ses souvenirs d'enfance, elle a alors couché sur papier sa manière de ressentir sa foi et de la pratiquer. C'est par la plume que Thérèse traça son destin post-mortem. Car peu après le décès de sa sœur benjamine à l'âge de 24 ans, Pauline recueillit les manuscrits, les mit en forme, puis les publia. Une question me vient : Thérèse savait-elle que ses écrits seraient publiés ? Sinon, l'aurait-elle accepté ? Le documentaire n'y répond pas mais il montre par contre le zèle de Pauline et "l'activisme du Carmel" pour diffuser Histoire d'une âme (titre posthume) à un large public. Les lecteurs chrétiens furent séduits par la simplicité du discours, par l'humilité de l'auteur, par sa vision de la foi si bien que l'autobiographie devint un best-seller mondial en une dizaine d'années. Consécration de ce succès littéraire, en 1925, le pape Pie XI canonisa la Lexovienne en qui il voyait "l'étoile de son pontificat".


Donc, pas de surprise dans ce documentaire mais il n'en reste pas moins un travail de bonne qualité. Sobre, il ne verse pas dans la drame afin de nous tirer les larmes des yeux. De multiples spécialistes, notamment des historiens, sont invités à éclairer par leurs commentaires la vie, l’œuvre de Thérèse et le contexte de l'époque. A intervalle régulier, deux jeunes comédiennes lisent des passages de l'Histoire d'une âme. Des carmélites du Havre sont même interviewées (apparemment celles de Lisieux n'ont pas voulu ou pu communiquer). Enfin, cela fait toujours plaisir de voir quelques images de Lisieux à la télévision. 




jeudi 17 décembre 2015

Une dessin de Lisieux en 1817

L'article que consacre Wikipédia à Lisieux s'est enrichie récemment d'une image ancienne. Elle montre la Grande Rue (aujourd'hui rue Henry Chéron) au début du XIXe siècle. 



Son auteur, l'artiste anglais Henry Edridge a fait deux voyages en France, en 1817 et 1819. Lors du premier, il s'est arrêté à Lisieux et s'est installé aux environs de l'actuelle place des Platanes pour dessiner la Grande Rue de la ville. On devine quelques maisons à pan de bois et les devantures des commerces. La perspective de la rue guide le regard jusqu'à la cathédrale. Les Lexoviennes ont revêtu le costume traditionnel terminé par une coiffe. Dans ce dessin à l'encre brune et au lavis gris et brun, nous sommes surtout intrigués par ces perches surplombant la rue. Elles semblent servir à tendre du linge à moins que ce ne soient plutôt les indices d'une activité artisanale.

En effet, un article de Fernand Rault me met le doute :
"Jusqu'en 1944, on a encore pu voir dans le quartier des coutures de larges lucarnes béantes qui servaient autrefois au séchage des frocs et molletons (étoffes de laine) sur de longues perches appelées pentoirs. Ces perches ne pouvaient dépasser la moitié de la rue et les étoffes qui y étaient étendues ne descendre qu'à 3 toises (6 m environ) du sol. Malgré les inévitables protestations des froctiers, les pentoirs furent supprimés à compter du 1er février 1836. (d'après Fernand Rault, "Rues et places de Lisieux", Le Pays d'Auge, avril 1979, p.9).
Le dessin montre-t-il des pentoirs ? Je n'en suis pas sûr car l'artiste ne dessine pas dans le quartier des Coutures (aujourd'hui le secteur de la place de la République) et on n'observe pas de larges lucarnes béantes.

Par ailleurs, ce court texte laisse sur sa faim. Pourquoi avoir interdit les pentoirs ? Est-ce une question d'esthétisme ? Est-ce parce que les frocs et molletons dégoulinaient d'eau sur les passants ? Je ne sais pas. Mais vous, peut-être...

Le dessin est aujourd'hui conservé au Harvard Museum Art à Boston. Internet nous fait économiser un aller-retour en avion.